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Rien n’est 100 % recyclable ou 100 % compostable

Les mentions 100 % recyclable et 100 % compostable semblent proliférer ces temps-ci. Ces déclarations sont-elles vraies? Sont-elles légales? S’agirait-il plutôt d’une nouvelle façon de verdir son image?

Il n’est pas surprenant que la confusion règne chez les consommateurs nord-américains, car dans le langage courant, les mots « recyclable » et « compostable » peuvent avoir trois sens différents :

  • Le produit est techniquement recyclable ou compostable, ce qui signifie qu’il peut physiquement être défait en vue du recyclage ou déchiqueté pour le compostage.
  • Ces matières sont aptes à la cueillette, ce qui signifie que la municipalité ou le fournisseur de service accepte qu’on les mette dans le bac de compostage ou de recyclage pour qu’elles soient ramassées.
  • La matière ou le produit est déjà communément recyclé ou composté.

Ces trois sens sont passablement différents, mais le seul sens qui compte pour le Bureau de la concurrence du Canada en matière d’étiquetage environnemental, et c’est ce dont il est question ici, c’est si le client peut envoyer ou non le produit ou la matière au recyclage ou au compostage. Le fait que la matière ou le produit puisse techniquement être défait ou composté n’a pas d’importance et son taux de recyclage ou de récupération réel n’a pas d’importance non plus (il s’agit d’une tout autre question). Ce qui compte, c’est le nombre de Canadiens qui ont accès au recyclage (ou au compostage) de ce produit ou de cette matière.

Le Bureau de la concurrence a établi des lignes directrices sur la façon dont cet accès est déterminé et sur l’usage des mots : « Il est donc recommandé de réserver les déclarations de “recyclable” [ou compostable] non assorties d’énoncés limitatifs aux situations où au moins la moitié de la population a accès à des installations de collecte. » Si moins de la moitié de la population y a accès, les déclarations doivent être qualifiées : « (…) il faudrait, chaque fois que c’est possible, indiquer les endroits où trouver des installations ou des programmes de recyclage. » (article 10.1.3)

Les mentions sur le recyclage et le compostage sont basées sur l’étendue de l’accès des consommateurs aux installations de compostage et de recyclage. Si l’on ajoute 100 % devant ces deux mots, cependant, la question prend une tout autre dimension. Nous ne sommes pas des avocats, mais selon nous les expressions « 100 % recyclable » ou « 100 % compostable » peuvent manifestement amener les consommateurs à penser que 100 % des Canadiens ont accès au recyclage (ou au compostage) de ce produit ou de cette matière. Ce n’est pourtant pas vrai du tout.

Rien n’est 100 % recyclable ou 100 % compostable

Bien que la plupart des Canadiens vivent dans des villes et des municipalités qui ont accès à des installations de recyclage et de compostage, un nombre faible mais significatif de personnes vivant dans des régions plus éloignées n’ont pas et n’auront probablement jamais facilement accès au recyclage et au compostage. Par conséquent, il est peu probable que 100 % des Canadiens y aient accès un jour. C’est pourquoi nous disons dans l’industrie de l’emballage de papier et de carton que pratiquement tous les Canadiens ont accès au recyclage des emballages de papier et de carton. Les chiffres précis sont 96 % dans le cas des caisses en carton ondulé et des sacs de papier, et 94 % dans le cas des boîtes de carton, selon une étude indépendante de tierce partie.

Par conséquent, tous ceux qui ajoutent 100 % devant les mots recyclage ou compostage ne respectent pas, selon nous, les lignes directrices terminologiques du Bureau de la concurrence et s‘exposent à être poursuivis pour publicité mensongère. Ils contribuent à augmenter la confusion qui règne actuellement chez les consommateurs quant au sens des mots recyclable et compostable. Pire encore, ils se complaisent délibérément dans ce qui se résume à de l’écoblanchiment. Le fait d’indiquer qu’un produit est 100 % recyclable ou 100 % compostable sur son étiquette ne contribue-t-il pas à diluer et à miner l’ensemble des critères d’accès sur lesquels est fondé l’usage actuel des mots? Aurions-nous tort à ce sujet?

cc: Bureau de la concurrence du Canada

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John Mullinder

John Mullinder, Executive Director, PPEC - Regular posts on environmental and sustainability issues impacting the Canadian paper packaging industry

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