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Combattre l’ignorance des médias (bataille no 5 041)

Oui, nous savons que les emballages sont une calamité et qu’ils devraient être interdits par la loi. Mais il arrive parfois que des paroles en l’air qui colportent des faussetés sur les déchets d’emballage nous restent en travers de la gorge et doivent être corrigées. C’est le cas des propos tenus par Eric Reguly dans un article paru le 14 avril dernier dans le Globe and Mail « Beyond Zuckerberg, it’s time to hold Bezos to account, too ».

Dans son envolée contre le service de livraison à domicile Prime d’Amazon, M. Reguly s’en prend à tort aux humbles boîtes de carton ondulé dans lesquelles sont livrées les marchandises.

Delivery Boxes are not packaging waste

Les boîtes qui font l’objet de l’indignation de M. Reguly ne sont certainement pas « jetées » après usage. En fait, les boîtes de carton ondulé constituent l’épine dorsale de l’un des plus importants commerces de produits au monde, sont un moteur d’exportation pour le Canada et fournissent la matière première de la plupart des nouvelles boîtes fabriquées au Canada. En effet, la plupart des boîtes en carton ondulé fabriquées au Canada contiennent 100 % de matières recyclées et sont faites principalement en recyclant encore et encore ces mêmes vieilles boîtes.

Nous récupérons actuellement environ 85 % des boîtes en carton ondulé utilisées au Canada. Selon Stewardship Ontario, le système des boîtes bleues atteint même un taux de récupération incroyable de 98 % en Ontario. Il s’agit d’un pourcentage assez impressionnant.

Par ailleurs, cette récupération ne se fait pas « surtout aux frais des contribuables », comme le prétend M. Reguly. En Colombie-Britannique et au Québec, c’est l’industrie qui paie 100 % du coût net de la récupération résidentielle domestique. L’Ontario, où l’industrie paie actuellement 50 % de ces coûts, se dirige aussi vers 100 %. En Saskatchewan et au Manitoba, l’industrie paie 75 % et 80 % de coûts de récupération respectivement.

Jetez des paroles en l’air si vous voulez, mais ne jetez pas vos boîtes.

Le problème du plastique favorisera-t-il le retour éventuel de la consigne en Ontario?

Pile of plastic trash

J’adore le poisson. Mais je n’aime pas tellement le plastique. Je me retrouve en bonne compagnie, semble-t-il, avec le premier ministre Justin Trudeau, qui a dit au récent Forum économique mondial que la question du plastique sera le thème central du Sommet des dirigeants du G7, qui aura lieu en juin dans la région de Charlevoix.

L’annonce de M. Trudeau fait suite à celle de Coca-Cola, qui affirme son intention de fabriquer des bouteilles contenant en moyenne 50 % de contenu recyclé d’ici 2030 (dans 12 ans). Il y a aussi Unilever qui demande à l’industrie des biens de consommation de redoubler d’efforts pour s’attaquer aux défis croissants posés par les déchets de plastique en mer et créer une économie circulaire pour les matières plastiques

Ce sont là des paroles positives et percutantes. Mais comment feront-ils pour y arriver? Bien entendu, l’une des options consiste à ne pas utiliser de matières plastiques. C’est ce que le détaillant britannique d’aliments congelés Iceland a décidé de faire en s’engageant à devenir le premier grand détaillant mondial à éliminer d’ici la fin de 2023 les emballages en plastique de tous les produits qui portent sa marque. Mais au-delà de l’élimination, il faut trouver la façon la plus efficace, sans parler de la façon la plus « écologique », de récupérer les matières plastiques. Quelle serait-elle?

Seulement 29 % des emballages de plastique sont actuellement récupérés dans les boîtes bleues du système de collecte sélective multimatières en Ontario. Le meilleur taux de « récupération » d’Intendance Ontario pour les plastiques est celui des bouteilles en PET et en PEHD à un taux de 53 %, suivi des résines mixtes des « autres plastiques » à 32 %; les films en plastique accusent un retard considérable à seulement 12 %. Rien n’a vraiment changé en ce qui concerne les bouteilles au cours des 13 dernières années d’existence du programme des boîtes bleues à responsabilité élargie des producteurs (REP) dont l’intendance est assurée par l’« industrie-payeuse ». Le taux de récupération des bouteilles en plastique s’est amélioré d’un piètre 3 % au cours de cette période.

La solution consisterait-elle à investir des millions de dollars dans la promotion et l’éducation des bonnes gens de l’Ontario pour essayer de les persuader d’augmenter le taux de récupération des matières plastiques dans les boîtes bleues de 29 % à 50 % ou plus? Cela ne fonctionnera pas. D’autant plus que le programme modifié des boîtes bleues qu’Intendance Ontario a transmis pour approbation au nouvel Office de la productivité et de la récupération des ressources ne prévoit aucune pénalité pour défaut de rendement. Le plan indique qu’il y aura beaucoup de discussions au sujet des matières problématiques et peut-être certains efforts de recherche et développement ainsi que des « forums de collaboration », mais qu’il n’y aura pas de pénalités réelles en cas d’échec.

Alors, qu’en est-il de la consigne? L’Ontario est l’une des rares provinces canadiennes à ne pas avoir de système complet de consigne en plus de la collecte sélective. Traditionnellement, les gens de Coca-Cola et de Pepsi se sont opposés aux systèmes de consigne parce qu’ils ciblent les boissons et les détaillants s’y opposent parce qu’ils ne veulent pas devenir des dépôts où les bouteilles sont retournées aux détaillants.

Mais les choses sont peut-être en train de changer. Coca-Cola a dit récemment qu’elle envisagerait des systèmes de consigne « bien gérés ». De quoi parle-t-on exactement? Veut-on dire à l’échelle mondiale? Cela aurait-il du sens dans le contexte ontarien? Bien que ces grandes questions restent sans réponse, Coca-Cola dit bel et bien qu’elle veut atteindre une moyenne de 50 % de contenu recyclé d’ici 12 ans. Pour ce faire, il faut du plastique recyclé comme matière première, et il en faut beaucoup. C’est exactement ce que les systèmes de consigne permettraient d’obtenir.

La récupération des bouteilles de plastique et des canettes en aluminium par l’intermédiaire des nombreux programmes provinciaux de consigne du Canada est tout à fait respectable. Par exemple, Encorp Pacific, en Colombie-Britannique, signale un taux de récupération de 74 % pour le plastique et de 82 % pour les canettes en aluminium. Dans les boîtes bleues de l’Ontario où l’on recueille différentes matières, par comparaison, le taux de récupération est de 53 % pour les bouteilles en PET et en PEHD et d’à peine 42 % pour les boîtes d’aliments et les canettes en aluminium. (En fait, si vous retirez des balles ce qui n’est pas en PET (PEHD), le taux de recyclage réel en Ontario est encore plus faible. Il est aussi un peu délicat de faire une comparaison directe avec l’aluminium. Les programmes de consignation visent seulement les canettes de boisson usagées. Les programmes qui ne reposent pas sur la consigne sont plus complets, car ils incluent les boîtes d’aliments pour chats et d’autres contenants en aluminium).

Les industries du plastique, de l’acier, de l’aluminium et du verre évitent peut-être de le dire publiquement par crainte d’offenser certains de leurs principaux clients, mais elles ne s’opposent pas du tout à la consigne. Et la raison en est simple : elle leur permet d’obtenir beaucoup plus de matière (économies d’échelle) et celle-ci est en bien meilleur état (moins contaminée). La quantité et la qualité comptent. Par contre, les programmes de consignation sont reconnus comme étant très coûteux, car le transport de contenants légers de grand volume représente un coût important.

Une question clé, bien sûr, est de savoir quelle incidence un système de consigne aurait sur les principales matières qui restent dans les boîtes bleues. Aujourd’hui, le papier représente 63 % des matières produites, 75 % des matières récupérées et 52 % des revenus des boîtes bleues de l’Ontario. Essentiellement, la boîte bleue est une boîte de papier. La qualité du papier (et les revenus) augmenterait-elle suffisamment pour faire une différence? Peut-être que si l’organisme ou les organismes d’intendance continuaient de taper sur les doigts des ramasseurs pour réduire la contamination, cela pourrait avoir un certain impact.

Toute décision favorable prise par Coca-Cola, Pepsi et les détaillants se résumerait clairement à des considérations économiques et à des coûts évités. Nous estimons que le seul fait d’obtenir un taux de récupération de 50 % pour les bouteilles en plastique dans le cadre du système actuel des boîtes bleues en Ontario coûte environ 185 millions de dollars aux intendants, d’après les coûts et les revenus déclarés.

Si ces bouteilles en plastique était plutôt visées par un système de consigne et qu’on y ajoutait d’autres contenants tout en tenant compte des coûts de contamination évités pour toutes les matières aux étapes de la collecte et du traitement, ainsi que des revenus accrus liés à des produits de meilleure qualité, y compris peut-être le papier, alors un système de consigne combiné aux boîtes bleues pour le papier pourrait peut-être avoir du sens. Mais on aurait quand même besoin des boîtes bleues pour les contenants non consignés. En Colombie-Britannique, par exemple, il est entendu qu’environ 25 % du contenu des boîtes bleues est composé de plastique, de verre, de contenants aseptiques ou à revêtement polymérique et de métal non consignés.

Il y a tellement de variables dans cette discussion et d’objectifs contradictoires… Et beaucoup d’hameçons!

 

Les gestionnaires d’emballages devraient être récompensés lorsqu’ils utilisent du contenu recyclé

Le contenu en matières recyclées est au cœur de l’approche axée sur l’économie circulaire que l’Ontario et d’autres provinces disent vouloir adopter. Elle permet aux matières premières de circuler plus longtemps dans l’économie, réduit la pression pour extraire davantage de matières vierges de la terre et retarde leur élimination éventuelle en tant que déchets. C’est une chose que les gouvernements disent vouloir encourager et pour laquelle les gestionnaires de produits et d’emballages de papier et de carton devraient être récompensés.

L’industrie canadienne des emballages de papier et de carton a dépensé des millions de dollars au fil des ans en investissements dans de l’équipement de nettoyage et de tri afin de pouvoir réutiliser et recycler le papier récupéré. Les usines du sud de l’Ontario ont tracé la voie en Amérique du Nord en recyclant le vieux carton pour boîtes dès les années 1990. Aujourd’hui, quelque 94 % des Canadiens peuvent recycler le carton et la plupart des caisses en carton ondulé et du carton pour boîtes faits en Ontario sont continuellement fabriqués à partir de contenu recyclé à 100 %, ce qui constitue en soi une réussite circulaire.

Le secteur des emballages de papier et de carton ne reçoit aucune reconnaissance pour ces efforts même s’il est en concurrence sur le marché avec des emballages principalement faits de matières vierges. Nous avons suggéré que la province uniformise les règles du jeu en établissant un objectif de 40 % de contenu en matières recyclées en moyenne pour tous les emballages vendus en Ontario d’ici 2020, et de 70 % en moyenne d’ici 10 ans. Cela mettrait l’Ontario sur la voie de l’économie circulaire qu’elle dit vouloir suivre en plus d’établir des règles du jeu plus équitables entre les différentes matières.

Une solution de rechange à une réglementation provinciale serait d’offrir un crédit lié au contenu en matières recyclées dans le cadre de la formule de financement des boîtes bleues. Il ne s’agit pas d’une idée nouvelle; l’organisme de responsabilité des producteurs du Québec, Éco Entreprises Québec, offre déjà un tel crédit. Alors qu’Intendance Ontario évoque l’idée d’un crédit lié au contenu en matières recyclées dans l’ébauche du nouveau plan sur les boîtes bleues sur lequel elle travaille actuellement, son soutien semble plutôt tiède.

C’est parce que certains gestionnaires de l’Ontario s’y sont opposés par le passé. Voici trois objections historiques et nos réponses à ces objections.

  1. L’évaluation du contenu en matières recyclées constitue un fardeau administratif et coûte cher à suivre et à déclarer.

Selon nous, cette objection est très exagérée. En ce qui concerne les produits de papier, nous avons des certificateurs indépendants et des certifications de traçabilité pour déterminer leur origine, qu’ils proviennent de sources vierges ou recyclées, ou d’une combinaison des deux. La certification de traçabilité est une mesure environnementale appuyée par le Forum mondial sur les biens de consommation, dont sont membres la plupart des grandes marques et les principaux détaillants du Canada.

L’obligation pour les fournisseurs de prouver qu’ils ont une certification de traçabilité acceptée à l’échelle internationale semble réduire le fardeau administratif des gestionnaires en plus d’offrir une bonne impulsion de départ à l’économie circulaire. Cela obligerait également d’autres matières à élaborer des programmes de certification de traçabilité, si elles ne l’ont pas déjà fait.

Les gestionnaires pourraient également utiliser des moyennes de l’industrie certifiées de manière indépendante. Le CEEPC suit l’utilisation du contenu recyclé par ses membres depuis plus de 25 ans et il est tout à fait disposé à ouvrir ses livres à un examen confidentiel par un tiers. Une échelle mobile de l’utilisation du contenu recyclé récompenserait beaucoup plus de gestionnaires et serait probablement plus facile à vendre et à administrer. Par ailleurs, le nouvel organisme mis sur pied en Ontario pour favoriser l’économie circulaire (l’Office de la productivité et de la récupération des ressources) ne fera-t-il pas ce suivi de toute façon?

  1. Les fonds servant à accorder des crédits aux gestionnaires qui utilisent du contenu en matières recyclées doivent provenir d’autres gestionnaires (c’est-à-dire qu’il s’agit d’une substitution croisée).

Eh bien oui, c’est le cas. C’est pour ça qu’on le fait, pour encourager d’autres gestionnaires à mieux s’engager dans l’économie circulaire, pour réduire le fardeau environnemental global du panier de biens que constitue la boîte bleue, dans l’intérêt commun. Il s’agit exactement du même principe qui est censé s’appliquer aux matières qui sont recyclées grâce aux boîtes bleues par rapport à celles qui ne le sont pas. Ça revient donc à récompenser le comportement que l’on privilégie.

  1. La réglementation fédérale limite l’usage des matières recyclées dans les emballages qui entrent en contact avec les aliments. Si l’utilisation de matières recyclées devenait une exigence, ce serait injuste pour ces gestionnaires.

Premièrement, la réglementation fédérale sur les emballages aptes au contact alimentaire s’applique à toutes les matières en toute neutralité. Deuxièmement, le contenu en matières recyclées n’est pas exclu. La salubrité des aliments est l’enjeu principal et il incombe au propriétaire de la marque de garantir cette salubrité, que ce soit au moyen d’attestations de non-objection ou d’approbations de la FDA. Ce qui importe, c’est le contact direct ou indirect de la matière avec les aliments et l’élément de risque pour les humains.

Est-il injuste de cibler les gestionnaires « alimentaires »? Non. Ils choisissent de produire des aliments, et la livraison d’aliments salubres en fait partie. Tout comme les fabricants de machines à laver ou de fours à micro-ondes sont « forcés » de livrer leurs appareils des gros emballages ou les parfumeurs d’avoir recours à des emballages distinctifs au design raffiné. Ils ont tous choisi de leur plein gré leur secteur d’activité. C’est le jeu qu’ils ont choisi de jouer. La question de savoir s’ils peuvent utiliser du contenu recyclé ou non dans leurs emballages de livraison fait partie de ce choix.

En somme, le fait de récompenser ceux qui utilisent du contenu recyclé est une bonne façon, équitable et efficace, de mettre en œuvre une économie circulaire et d’uniformiser les règles du jeu entre les intervenants « circulaires » et « non circulaires ». N’est-ce pas ce que nous sommes censés faire?

Le taux de récupération des boîtes bleues diminue en Ontario, mais celui du papier se maintient

Draft Blue Box Recovery Rates 2016

Le taux de récupération domestique des boîtes bleues de l’Ontario a atteint son niveau le plus bas depuis 2005. Ce taux, qui sera confirmé par Intendance Ontario en décembre, aurait atteint 62,4 % en 2016, ce qui représente une baisse de 2 % par rapport à l’année précédente. Cela rendra plutôt intéressante la récente « demande » du ministre de l’Environnement et de l’Action en matière de changement climatique de l’Ontario voulant qu’on atteigne avec les boîtes bleues un taux de récupération de 75 %.

Le papier sous différentes formes constitue à l’heure actuelle autour de 75 % de ce qui est récupéré, comme c’était déjà le cas en 2003. Le papier imprimé (journaux, magazines et catalogues, annuaires téléphoniques et papier d’impression et d’écriture) affiche le taux de récupération le plus élevé (81 %), suivi par les emballages de verre (70 %), de papier et de carton (67 %) et d’acier (63 %).

Les emballages de papier et de carton représentent le seul groupe de matières dont le taux de récupération s’est maintenu ou amélioré dans chaque catégorie (hausse de 9 % dans le cas du carton pour boîtes), et les caisses en carton ondulé restent les championnes toutes catégories avec un taux de récupération incroyable de 98 %.

Le taux de récupération du verre a connu une baisse importante depuis 2015, mais les retardataires des boîtes bleues demeurent les emballages d’aluminium et de plastique avec des taux de récupération respectifs de 38 % et 29 %. La récupération des emballages de plastique a diminué dans presque toutes les catégories et représente maintenant 43 % de ce qui est mis au rebut (par unité de poids). C’est aussi de loin la matière la plus coûteuse à récupérer (le coût net de récupération de la pellicule de plastique, par exemple, s’établit à 2646 $ la tonne).

Voilà, c’étaient les dernières données (provisoires) pour 2016, comparées à celles de 2015 et de 2003.

Estimated Recovery Rates 2016

Les cibles de l’économie circulaire doivent tenir compte du contenu en matières recyclées

Le ministère ontarien de l’Environnement et de l’Action en matière de changement climatique (MEACC) se penche actuellement sur ce qu’il appelle les objectifs spécifiques de « gestion » des matières recueillies dans les boîtes bleues, comme le papier, le plastique, le verre, l’acier et l’aluminium. Le ministère a déjà indiqué qu’il souhaite voir le taux collectif de récupération des boîtes bleues atteindre 75 %, alors que le taux actuel est de 64 %.

Avant d’examiner en détail les cibles précises pour les différentes matières, nous devons nous préoccuper d’un enjeu important qui concerne directement l’économie circulaire à laquelle le ministre et la province disent vouloir se rallier, c’est-à-dire la question du contenu en matières recyclées. L’utilisation de contenu recyclé permet de faire circuler les matières en boucle aussi longtemps que possible.

La majeure partie des boîtes de carton ondulé et du carton pour boîtes fabriqué en Ontario, par exemple, est déjà faite à 100 % de matières recyclées, à partir de boîtes et de papier recueilli après usage dans les usines, les supermarchés, les bureaux et les hôpitaux, ainsi que dans les boîtes bleues et les centres de recyclage. L’industrie ontarienne des emballages de papier et de carton a franchi cette étape importante après avoir investi pendant de nombreuses années des millions de dollars en nouveaux équipements de nettoyage et de classement. En effet, les usines du sud de l’Ontario ont tracé la voie en Amérique du Nord en intégrant le vieux carton issu de la collecte domestique à leurs pâtes de carton recyclé dès les années 1990. Aujourd’hui, quelque 94 % des Canadiens peuvent recycler le carton.

Le Conseil de l’environnement des emballages de papier et de carton (CEEPC) a suivi et largement fait connaître au public les progrès de l’industrie vers une économie plus circulaire. Cependant, ses membres se retrouvent en concurrence sur le marché avec des matériaux vierges qui ont fait très peu de progrès vers l’augmentation des matières recyclées ou la « circularité ».

Le secteur du plastique, par exemple, ne publie pas de données sur le contenu moyen en matières recyclées à notre connaissance et le taux de réacheminement global des matières plastiques dans les boîtes bleues est franchement faible (32 %). Le pourcentage de réacheminement de la pellicule de plastique est passé de 6 % à 12 % au cours des 13 dernières années, et celui du polystyrène de 3 % à 6 % pendant la même période.

Pour faire en sorte que les règles du jeu soient justes entre les différentes matières, nous avons besoin de politiques publiques qui encouragent une plus grande utilisation des matières recyclées ou une certaine reconnaissance des résultats obtenus en ce qui concerne les matières recyclées dans la formule de financement des boîtes bleues et les objectifs de rendement. Nous n’observons rien en ce sens actuellement et les emballages de papier et de carton font encore face à la concurrence grandissante des plastiques vierges moins coûteux. Pourquoi la province n’établirait-elle pas un objectif de 40 % de contenu moyen en matières recyclées pour tous les emballages vendus en Ontario d’ici 2020, et de 70 % d’ici 2027? Cela nous mettrait sur la voie d’une économie plus circulaire en plus de créer des règles du jeu plus équitables.

La grande course préélectorale sur le thème des boîtes bleues

Lorsque l’Ontario a fait paraître il y a six mois la version définitive de sa stratégie sur les déchets, la question du futur financement du populaire programme des boîtes bleues de la province était loin de faire partie des priorités. La détermination des rôles et des responsabilités des municipalités et de l’industrie, sans compter le problème épineux des contrats et des actifs inutilisables, était vue comme tellement compliquée et délicate sur le plan politique que le ministère de l’Environnement et de l’Action en matière de changement climatique se donnait jusqu’en 2023 (ce qui offrait une marge confortable après les prochaines élections provinciales) pour mener à bien sa transition vers la responsabilité individuelle des producteurs et le paiement par l’industrie à  100 %.

Chris BallardLe ministère veut maintenant un nouveau plan pour février! Qu’est qui a changé?  La popularité des libéraux au pouvoir a commencé à baisser dans les sondages d’opinion publique et les décideurs de l’industrie et des municipalités ont eu peur non seulement de perdre une belle occasion d’aller de l’avant, mais aussi que l’arrivée en 2018 d’un gouvernement portant d’autres couleurs politiques provoque des retards inévitables et risque d’effriter l’heureux climat de bonne entente qui règne actuellement.

Il faut reconnaître que les décideurs des municipalités et de l’industrie ont tenu des rencontres au cours des derniers mois et concocté un accord, avec la bénédiction silencieuse du personnel du ministère. En juillet, il ont demandé au ministre Glen Murray d’opter pour leur plan de transfert des obligations légales et des responsabilités des municipalités de la collecte et de la gestion des boîtes bleues aux gestionnaires de l’industrie (titulaires de marques et autres intervenants ayant un lien commercial avec la fourniture de papier et d’emballages imprimés en Ontario). Cela se ferait suivant un plan modifié sur les boîtes bleues qui permettrait aux municipalités d’offrir ou non des services de cueillette et de participer à la transformation des matières recyclables recueillies dans les boîtes bleues.

Le nouveau ministre, Chris Ballard, a sauté sur cette offre en août et a demandé au nouvel Office de la productivité et de la récupération des ressources et à Intendance Ontario de préparer une proposition d’amendement au plan sur le programme des boîtes bleues orienté vers la responsabilité des producteurs individuels. Bien entendu, il n’a pas pu résister à l’envie d’ajouter quelques directives au moyen d’un addenda à son approbation.

Le plan amendé devra (et non pas pourrait) « comprendre des moyens de décourager l’utilisation de matières difficiles à recycler et qui ont un faible taux de récupération » (plastiques, tenez-vous-le pour dit), augmenter l’objectif de récupération à 75 % pour les matières fournies par les gestionnaires dans les municipalités où Intendance Ontario se charge de la collecte et la gestion du papier et des emballages imprimés (le taux de récupération dans les boîtes bleues est actuellement de 64 %), et « établir des cibles de gestions spécifiques pour les différentes matières ». Nous ne comprenons pas trop la différence les objectifs de gestion et les objectifs de récupération spécifiques pour les différentes matières, mais on peut supposer que nous le saurons bientôt.

Si tout se passe bien, l’Ontario disposera d’un nouveau plan sur les boîtes bleues en février ou mars, et les libéraux pourront dire pendant leur campagne électorale qu’ils ont (encore) sauvé les boîtes bleues! La politique n’est-elle pas une bonne source de divertissement?

L’économie circulaire, une roue qui tourne à vide?

L’économie circulaire est à la mode ces temps-ci, comme l’ont été avant elle le développement durable et la responsabilité sociale des entreprises. Toutes ces bonnes intentions s’inscrivent cependant dans des démarches de relations publiques. Nous ne voulons pas paraître trop cyniques, mais cette question nous rappelle celle des changements climatiques. Nous savons (presque tous) que ça s’en vient ou que c’est déjà commencé. Mais nous ne voulons pas vraiment poser les trois gestes qui, selon de récentes affirmations scientifiques, auraient l’impact le plus direct sur le ralentissement des changements climatiques, c’est-à-dire avoir moins d’enfants, nous passer de nos voitures ou devenir végétariens.

Circular Economy or Spinning Our Wheels?

L’économie circulaire serait-elle une roue qui tourne à vide? L’économie circulaire et les actions contre les changements climatiques se rapportent en fin de compte au même sujet : réduire notre consommation des différentes ressources de la planète en en utilisant moins et de manière plus intelligente. Pour cela, nous devons encourager les bons comportements et punir les mauvais, ce qui revient habituellement à couper ou réduire les subventions accordées aux combustibles fossiles et à promouvoir l’utilisation des ressources renouvelables.

Tout cela est parfait en théorie, mais comment cela se traduit-il en pratique, par exemple au moment où le consommateur doit faire un choix spontané entre la poubelle et la boîte bleue? Comment pénalisons-nous les produits et les emballages « non circulaires » tout en encourageant ceux qui sont « circulaires »? Par des frais différenciés sur les boîtes bleues? Qui en déciderait?

Voici le moment de faire un peu d’autopromotion! Le 3 octobre prochain, le CEEPC tiendra un séminaire sur ce sujet précis à Etobicoke, en Ontario. Parmi les conférenciers figureront Chris Lindberg (Ontario Circular Economy Innovation Lab), Glenda Gies (Office de la productivité et de la récupération des ressources ), Andrew Telfer (Walmart Canada), Renee Dello (Ville de Toronto) et Al Metauro (Cascades Récupération). Cliquez ici pour obtenir plus de détails et pour vous inscrire. Le nombre d’inscriptions à cet évènement est limité et les places s’envolent toujours rapidement.

La Chine ne veut plus être la poubelle du monde

Comment pourrait-on blâmer les Chinois? Depuis des années, le monde entier envoie toutes sortes de déchets en Chine afin de les faire trier, transformer et réexpédier sous forme de nouveaux produits. La faiblesse des salaires et le laxisme en matière d’environnement ont profité à toutes les parties prenantes de cette opération commerciale (et peut-être même aux travailleurs chinois pour qui un emploi vaut mieux que rien).

L’un des signes précurseurs de changement est apparu en 2013 lorsque la Chine a lancé son « Opération barrière verte » pour limiter les importations de déchets. Des gens sans scrupules expédiaient plus d’ordures que de ressources. Plus récemment, Pékin a lancé le programme « Épée nationale » de lutte contre les activités de contrebande. Puis la semaine dernière, la Chine a causé des remous dans l’industrie mondiale du recyclage en annonçant qu’elle interdira l’importation de certains déchets à partir de la fin de l’année.

« Afin de protéger les intérêts environnementaux de la Chine et la santé de ses citoyens, nous ajustons de toute urgence notre liste d’importation des déchets solides et interdisons l’importation des déchets solides très pollués », peut-on lire dans la notification adressée par la Chine à l’Organisation mondiale du commerce. Même si les déclarations générales de la Chine contiennent peu de détails sur les différents plastiques, papiers mélangés, textiles et autres matières, l’annonce elle-même a eu un fort impact.

L’Institute of Scrap Recycling Industries (ISRI), qui regroupe les acteurs américains du secteur, a qualifié cette nouvelle initiative de potentiellement « dévastatrice » et « catastrophique » pour l’industrie du recyclage aux États-Unis. Le Bureau of International Recycling (BIR), association mondiale de l’industrie du recyclage, a qualifié la nouvelle politique de « grave » et demande un plus long délai avant sa mise en vigueur.

Pour les Canadiens qui participent au commerce international du papier récupéré, le défi réside dans le fait que personne ne sait exactement ce qui sera banni. La Chine parle de « papier non trié » et de « plastiques mélangés. » Si on prend ces expressions au sens littéral, il n’y aura pas d’impact sur la plupart des fibres de papier actuellement exportées en Chine par le Canada. Le consortium Green by Nature, qui traite le contenu des boîtes bleues en Colombie-Britannique, par exemple, trie tout le papier domestique et n’expédie pas de déchets non triés provenant d’une source unique (ou de plusieurs sources) vers la Chine.

« Si ce n’est pas acceptable, affirme Al Metauro, chef de la direction de Cascades Récupération et partenaire du consortium, nous aurons un défi à relever. Ce ne sont pas les fibres domestiques qui poseront problème, mais plutôt la demande pour les vieilles boîtes de carton ondulé. Les usines chinoises comptent sur les importations et elles devront trouver des sources de remplacement pour les fibres domestiques. Par ailleurs, le gouvernement chinois pourrait aussi bannir les importations de vieilles boîtes de carton ondulé en raison de la mauvaise qualité de ce qui lui est envoyé. »

Metauro indique que le bannissement des « plastiques mélangés » aura des répercussions sur les opérateurs d’usines de récupération de matières qui ne font pas le tri du plastique, du verre et du métal recyclables (le flux de contenants). Selon lui, le défi sera plus grand pour les États-Unis, car actuellement de nombreux opérateurs de programmes américains expédient directement vers la Chine des déchets mélangés de la même source. En Colombie-Britannique, en revanche, tous les plastiques résidentiels sont triés et consommés localement.

L’« humble boîte de carton » s’améliore!

Nous la connaissons principalement comme la boîte d’expédition en carton ondulé, même si elle vient en toutes sortes de formes, grandeurs et couleurs. Peu importe, la bonne vieille boîte de carton s’améliore.

Humble Brown Box - Environmental Impact

D’après une analyse du cycle de vie (ACV) publié la semaine dernière, la boîte de carton ondulé moyenne aux États-Unis a fait de grands progrès depuis la parution d’une autre AVC menée en 2006 :

  • 35 % de réduction des émissions de gaz à effet de serre;
  • 29 % de réduction de l’eutrophisation causée par les rejets de nutriments;
  • 23 % de réduction du smog;
  • 21 % de réduction de la quantité d’eau utilisée;
  • 21% de réduction des effets respiratoires.

La dernière ACV (2014) a été menée par le National Council for Air and Stream Improvement (NCASI) pour le compte de la Corrugated Packaging Alliance et elle répond aux normes ISO 14040/14044 pour les études rendues publiques. Cette analyse a aussi bénéficié d’une participation canadienne : Lindita Bushi, de l’Athena Institute, a agi à titre d’examinateur externe.

Les principales raisons de l’importante réduction des émissions de gaz à effet de serre sont l’augmentation des taux de récupération des vieux emballages de carton ondulé, l’augmentation de l’efficacité des systèmes énergétiques dans les usines et une plus grande utilisation de combustibles fossiles à faible incidence sur l’environnement, notamment par le passage de l’huile et du charbon au gaz naturel.

Cliquer ici pour consulter la version sommaire de l’ACV, ou ici pour la version complète de 199 pages (en anglais seulement).

 

Le recyclage du papier est important, mais inégal d’un océan à l’autre

Les efforts de réacheminement des déchets au Canada continuent d’être dominés par le recyclage du papier. Selon les données les plus récentes de Statistique Canada, ce dernier représentait près de 40 % des matières récupérées en 2014.

Cependant, la récupération domestique et commerciale (usines, supermarchés et bureaux) des boîtes, journaux, papier d’impression et papier d’écriture varie énormément, de 142 kg par personne au Québec à 27 kg par personne au Yukon, dans les Territoires du Nord-Ouest et au Nunavut. En 2014, le Canadien moyen n’a mis au recyclage que 101 kg de papier (l’équivalent de quatre grosses valises).

Il est vrai que tous les tous Canadiens n’utilisent pas la même quantité de papier dans leur vie quotidienne. Par exemple, plusieurs grands journaux sont publiés dans la région de Toronto, mais ce n’est pas le cas dans toutes les villes du pays. Par ailleurs, l’accès au recyclage ainsi que les conditions climatiques et géographiques ont un effet important sur la quantité de papier récupérée dans chaque province. Les petites communautés éloignées des usines de recyclage sont nettement désavantagées de ce point de vue. Il faut aussi reconnaître que la récupération dans les grands immeubles d’habitation représente un défi, même si on s’explique mal pourquoi l’Ontario se retrouve aussi loin derrière le Québec dans des conditions démographiques similaires.

Ces données n’indiquent pas non plus combien de papier pourrait être récupéré. Nous ne pouvons donc pas réellement savoir comment les Canadiens et chacune des provinces s’en tirent en matière de récupération du papier. Nous savons par contre que des quantités importantes échappent aux enquêtes de Statistique Canada, particulièrement en ce qui concerne les paquets de vieilles boîtes de carton ondulé aplaties qui sont récupérés dans les arrière-boutiques des supermarchés et des usines et envoyées directement aux usines de recyclage.

En tenant compte de toutes ces variables géographiques et démographiques et des incertitudes sur les données disponibles, il pourrait être raisonnable de s’attendre à ce que les habitants de toutes les provinces recyclent autant de papier que ceux du Québec (142 kg) et de la Colombie-Britannique (135 kg). Même si ces niveaux étaient atteints, nous estimons qu’il resterait encore 1,4 million de tonnes de papier à récupérer. Ainsi, le taux global de détournement des déchets augmenterait de 4 p. cent. Que dites-vous de ça? Une moyenne nationale de seulement quatre lourdes valises de papier récupéré par année, c’est assez insignifiant comme effort, non? Il est temps d’agir et de bannir le papier des sites d’enfouissement! Nous voulons de récupérer!

Meilleurs récupérateurs de papier au Canada (2014)

Meilleurs récupérateurs de papier

Pour plus de renseignements, voir les autres articles de cette série : Les Prince-Édouardiens et les Britanno-Colombiens sont les meilleurs recycleurs du Canada (23 mai); Le Canada ne réachemine que 27 % de ses déchets (27 avril); et Les Canadiens jettent plus de déchets qu’avant, mais ils en jettent quand même moins! (19 avril).