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La déforestation au Canada : remettons les pendules à l’heure

Il ne fait aucun doute que la déforestation est un grave problème mondial ayant des répercussions sur les changements climatiques. Les immenses incendies en Amazonie et en Indonésie n’en sont que les exemples les plus récents. En revanche, beaucoup d’informations erronées circulent au sujet de la déforestation ainsi que sur les endroits où elle se produit et sur ses principales causes.

Pour commencer, le simple fait d’abattre un arbre n’est pas un acte de déforestation d’après la définition des Nations Unies. Par contre, on se livre à la déforestation lorsqu’on enlève des arbres ou des forêts pour les remplacer par quelque chose d’autre. Pensons à la conversion des terres forestières pour faire place à des terres agricoles, des projets pétroliers et gaziers, de nouvelles maisons, des lignes hydroélectriques ou à des réservoirs, des stations de ski et des terrains de golf. En d’autres termes, on parle de déforestation quand la forêt disparaît pour de bon et qu’elle est peu susceptible de se régénérer.

Cela ne veut pas dire que les forêts du monde entier ne sont pas perturbées temporairement par des interactions avec la nature et les êtres humains. Les infestations d’insectes, les maladies et les feux de forêt se produisent naturellement depuis des milliers d’années. La forêt vierge parfaitement intacte n’existe tout simplement pas. L’activité humaine (par exemple, l’exploitation forestière) perturbe également la forêt, mais dans le cas du Canada, la loi provinciale exige que la forêt soit régénérée avec succès, soit naturellement, soit par des moyens artificiels (plantation et semis). Plus de mille nouveaux semis sont plantés chaque minute au Canada pour aider à régénérer ce qui a été récolté.

Le fait qu’on agisse ainsi au Canada contribue à expliquer pourquoi notre industrie forestière n’a été responsable que de 4 % du déboisement total du Canada en 2016 ; ces 4 % correspondent aux terres forestières utilisées pour l’aménagement de nouvelles routes d’accès forestières permanentes.

Les principales causes de la déforestation

En réalité, la plus importante cause de déforestation au Canada est la conversion des terres forestières en terres agricoles. Cela représentait les deux tiers de la déforestation totale du Canada en 1990. Aujourd’hui, ce type de conversion ne représente plus qu’un tiers de la déforestation. La deuxième cause majeure de déforestation est l’exploitation pétrolière et gazière (24 %), suivie par les nouvelles lignes hydroélectriques et les inondations liées aux réservoirs (12 %), l’exploitation minière pour le minerai et la tourbe (9 %) ainsi que le développement urbain municipal (9 %). Donc, si nous voulons réduire la déforestation au Canada, nous devrions d’abord nous concentrer sur les raisons pour lesquelles les terres forestières sont converties en terres agricoles (et sur les autres utilisations des terres mentionnées ci-dessus). Mais ça ne suffit pas. Nous devons également nous interroger sur notre consommation d’huile de soja et de palme importée, de bœuf, de bois et de pâte à papier. Ces produits, ainsi que le défrichement des terres forestières pour le pâturage du bétail et le bois de chauffage, sont les principales causes de la déforestation à l’échelle mondiale.

Si vous souhaitez en savoir plus sur la déforestation, je me permets en toute modestie de vous suggérer la lecture de mon livre! (Deforestation in Canada and Other Fake News est disponible en anglais à l’adresse suivante : www.johnmullinder.ca). Mon livre traite du taux de déboisement au Canada, de l’histoire de la déforestation, de ses causes et de la façon dont le Canada se compare aux autres pays. Il présente également les faits essentiels sur la foresterie au Canada et s’attaque aux « autres fausses nouvelles » liées à de nombreuses allégations environnementales fausses et trompeuses, au manque de rigueur des médias et à l’écoblanchiment.

La plupart des cartons d’emballage canadiens contiennent maintenant 100 % de matières recyclées

La plupart des matériaux d’emballage de papier et de carton fabriqués aujourd’hui par les usines canadiennes contiennent 100 % de matières recyclées. On ramasse les vieilles boîtes et les caisses de carton ondulé à l’arrière des usines et des supermarchés, le papier usagé est récupéré dans les bureaux et une vaste gamme de documents en papier sont recueillis et triés dans le cadre des programmes de cueillette résidentiels (boîtes bleues) partout au pays.

Ça n’a pas toujours été le cas, déclare John Mullinder, directeur exécutif du Conseil de l’environnement des emballages de papier et de carton (CEEPC), organisme qui assure le suivi et fait la promotion de la performance de l’industrie depuis 1990.

L’augmentation du contenu recyclé a suivi la migration des Canadiens vers les villes, où les usines ont la possibilité de récolter plus facilement la « forêt urbaine » de papier et de carton usagé. Au départ, les usines se concentraient sur le recyclage des caisses en carton ondulé usagées et du papier d’impression et d’écriture provenant des bureaux, puis elles se sont intéressées aux sources résidentielles (par l’intermédiaire des boîtes bleues) au fur et à mesure que les programmes de cueillette domestique se sont développés. En 1990, par exemple, la majorité des boîtes de céréales et des boîtes à chaussures se retrouvaient dans des sites d’enfouissement (même si elles sont faites à 100 % de matières recyclées). Le CEEPC et ses clients ont été des pionniers en Amérique du Nord dans le recyclage de ce matériau afin qu’aujourd’hui, environ 94 % des Canadiens sont en mesure de le recycler.

100% Recycled content boardUsines d’emballage

La plupart des usines d’emballage au Canada produisent maintenant du carton à 100 % de contenu est recyclé. C’est ainsi que les usines ont été construites. Une poignée d’usines mélangent des fibres recyclés avec des résidus provenant des scieries (copeaux, rognures et sciure de bois provenant des opérations forestières) ou, s’il y a pénurie de résidus, avec des arbres fraîchement récoltés.

« Quand on additionne tous les chiffres, dit Mullinder, on voit que l’industrie canadienne n’utilise pratiquement pas d’arbres fraîchement récoltés pour fabriquer des emballages de papier et de carton. L’idée que nous allons en forêt avec une scie à chaîne chaque fois que nous voulons fabriquer du nouveau carton est totalement fausse. »

Selon la dernière enquête du CEEPC sur l’industrie, 2,1 millions de tonnes de carton recyclé ont été expédiées par les usines canadiennes vers les marchés intérieur et d’exportation en 2018. Environ 87 % de ce tonnage provenait d’usines qui fabriquent des produits fait à 100 % à partir de matières recyclées (papier de couverture, papier à canneler pour carton ondulé ou carton pour boîtes).

Pour de plus amples renseignements sur le contenu recyclé (sa définition, la façon de le mesurer, la signification des moyennes, la différence entre les matières recyclées avant et après consommation, les différentes catégories d’emballages, les besoins en matières vierges et la difficulté de réglementer les niveaux minimums de contenu recyclé), consultez la dernière version du document d’information du CEEPC Comprendre le contenu recyclé ou visitez le site Web du CEEPC au www.ppec-paper.com

Principaux résultats de l’enquête de 2018 du CEEPC sur le contenu recyclé

Livraisons des usines canadiennes (y compris le papier kraft) :

3,37 millions de tonnes

Livraisons de contenu en matières recyclées :

2,11 millions de tonnes (62,7 %)

Contenu en matières recyclées des usines produisant 100 % de contenu en matières recyclées :

1,83 million de tonnes (86,7 %)

Que signifie réellement « 100 % réutilisables et recyclables, ou récupérables là où des solutions de rechange viables ne seront pas en place »?

Ce sont les termes utilisés dans la Charte sur les plastiques dans les océans que le Canada a signée avec les autres pays du G7, à l’exception du Japon et des États-Unis. Mais qu’est-ce qu’ils signifient au juste?

Cover Oceans Plastics Charter French version

D’abord le 100 %. Ça veut dire tout, n’est-ce pas? Tout. Il n’y aura donc pas de déchets de matières plastiques? Ou le 100 % réfère-t-il uniquement à la partie réutilisable? « 100 % réutilisables ». Tous les plastiques sont-ils réutilisables à 100 %? Je ne crois pas. Ou peut-être qu’ils sont 100 % réutilisables ou recyclables? C’est peut-être un total cumulatif. On obtiendrait 100 % grâce à une combinaison de réutilisation, de recyclage et de récupération? Quoiqu’il en soit, il n’y aurait plus aucun déchet à la fin?

Et qu’entend-on par « recyclables »? Techniquement recyclables? La plupart des matières le sont déjà. Ça dépend de combien d’argent vous voulez dépenser. Ou cela signifie-t-il pouvant être recyclé? On peut les mettre sur le trottoir ou aller les porter au centre de récupération. Mais rien ne sera jamais recyclable à 100 % parce que 100 % des Canadiens n’auront jamais un accès pratique au recyclage (ceux qui vivent dans des collectivités éloignées, par exemple).

Qui décide?

Et si les matières ne sont pas « 100 % réutilisables et recyclables », qui décide si des « solutions de rechange viables » existent ou non? Dans un monde de subventions, quelle est la signification de « viables »? Est-ce que « récupérables » est synonyme de récupération d’énergie ou est-ce seulement la capacité d’être récupéré? Tout peut être récupéré en ce moment. Seulement, on ne récupère pas tout!

Je pense qu’il faut mettre de l’ordre dans tout cela bien avant de commencer à parler d’objectifs, de délais et de conséquences en cas de non-respect des règles. Parce que j’ai la nette impression que certaines des entreprises de marchandises emballées qui montent dans le train en marche en disant qu’ils vont atteindre tel ou tel objectif d’ici telle ou telle date ne comprennent pas très bien ce qu’ils promettent. Lorsqu’ils découvriront qu’un certain objectif n’était pas réalisable dès le départ en raison des caractéristiques de la matière ou de contraintes géographiques, ils vont avoir l’air fin. Ils seront également accusés d’écoblanchiment, et les gouvernements aussi.

Nous avons besoin d’un document qui précise exactement ce que nous voulons dire parce que cela affecte non seulement les matières plastiques, mais aussi toutes les autres matières ainsi que d’autres pays. Aiguisez vos crayons!

Le taux de récupération des boîtes bleues diminue encore en Ontario, mais celui du papier se maintient

Le taux de récupération domestique des boîtes bleues de l’Ontario a encore diminué pour atteindre son niveau le plus bas depuis 2005. Selon Intendance Ontario, le taux de récupération de 2017 était de 61,3 %, en baisse Ontario Blue Box 2017de presque 2 % par rapport à l’année précédente. La cible provinciale est de 60 %.

Près des trois quarts de ce qu’on récupère actuellement sont constitués de différents types de papier, comme c’était le cas en 2003 lorsque les « intendants » de l’industrie (les propriétaires de marques et les détaillants) sont devenus légalement obligés de cofinancer le système des boîtes bleues. Le papier imprimé (journaux, magazines et catalogues, annuaires téléphoniques et papier d’impression et d’écriture) affiche le taux de récupération le plus élevé (83 %), suivi par les emballages de verre (70 %), de papier et de carton (64 %) et d’acier (63 %).

Les emballages de papier et de carton et les emballages d’aluminium sont les seuls groupes de matières pour lesquels les taux de récupération se sont maintenus ou améliorés dans chaque catégorie spécifique, et les caisses en carton ondulé demeurent les championnes toutes catégories en 2017 avec un taux de récupération impressionnant de 98 %.

Le taux de récupération du verre a connu une baisse importante depuis 2015, mais les traînards des boîtes bleues restent les emballages d’aluminium et de plastique avec des taux de récupération respectifs de 40 % et 28 %. Les emballages de plastique représentent maintenant 44 % de ce qui est mis au rebut (par unité de poids). C’est aussi de loin la matière la plus coûteuse à récupérer (le coût net de récupération de la pellicule de plastique, par exemple, s’établit à 2848 $ la tonne, et celui des laminés de plastique à 2897 $ la tonne. Le coût net moyen pour les matières récupérées dans les boîtes bleues est de 307 $ la tonne.

 Nous publierons bientôt une analyse plus approfondie des données les plus récentes.

Bonnes et mauvaises nouvelles à propos de l’élimination des déchets

Les Canadiens jettent un peu plus de déchets qu’en 2002, mais étant donné que nous sommes plus nombreux qu’avant, la quantité de déchets jetés par personne a diminué de presque 8 % au cours de cette période. Il y a donc de bonnes et de mauvaises nouvelles en ce qui a trait à notre analyse des dernières données de Statistique Canada sur l’élimination des déchets.

Ces données portent sur l’élimination des déchets industriels, commerciaux et domestiques de papier, de plastique, de verre, de métaux, de textiles, de matières organiques (nourriture), de matériel électronique et d’électroménagers ainsi que sur les déchets provenant de la construction, de la rénovation et de la démolition comme le bois, le gypse, les portes, les fenêtres et le câblage. Les matières provenant du déblaiement des terrains ainsi que l’asphalte, le béton, les briques et le sable ou le gravier propres sont exclus.

Les Canadiens ont jeté 24,9 millions de tonnes de déchets en 2016. Il s’agit d’une baisse par rapport au sommet de 26,4 millions de tonnes atteint en 2006, mais d’une augmentation de près de 4 % par rapport à 2002. Il s’agit d’une amélioration, car nous sommes passés de 770 à 710 kg de déchets jetés par habitant si l’on tient compte de l’augmentation de 12 % du nombre de Canadiens au cours de cette période. Ces statistiques sont basées sur le poids des déchets et nous ne savons pas dans quelle mesure une plus grande quantité de plastique plus léger pourrait expliquer ce résultat.

La Nouvelle-Écosse continue d’être la province où l’on jette le moins de déchets. Son dernier taux par habitant est de 410 kg par personne, à peine plus qu’en 2002, et la Colombie-Britannique se classe au deuxième rang avec 560 kg par habitant. Viennent ensuite le Québec (660 kg/personne), le Nouveau-Brunswick (670 kg/personne), l’Ontario (700 kg/personne), le Manitoba (758 kg/personne), Terre-Neuve et Labrador (760 kg/personne) et la Saskatchewan (820 kg/personne). L’Alberta, en queue de peloton avec 1030 kg par habitant, est la seule province où l’on jette plus d’une tonne de déchets par personne.

Le Québec, la Colombie-Britannique et l’Ontario ont enregistré la plus forte amélioration au cours de la période (en baisse de 16 %, 15 % et 13 % respectivement). La tendance par habitant de l’Alberta et du Nouveau-Brunswick va dans la direction opposée (en hausse de 12 % et de 22 % entre 2002 et 2016).

D’où viennent ces déchets? Consultez notre prochain blogue sur les tendances en matière de déchets provenant de sources industrielles et résidentielles

Where’s the waste coming from?  See our next blog on trends in waste from industrial and residential sources.

Pourquoi ne pas créer un groupe de travail national sur les déchets?

Les déchets de plastique sont peut-être la saveur du mois (littéralement), mais les enjeux sont beaucoup plus vastes que ce qui se retrouve dans nos rivières, nos lacs, nos océans et nos estomacs. Les vrais enjeux sont nos habitudes de consommation et notre utilisation des ressources naturelles ainsi que leur impact sur les changements climatiques. Cela signifie que la question ne se limite pas seulement au plastique et aux emballages.

National Packaging Protocol

En tant qu’ancien participant au Groupe de travail national sur l’emballage du Canada, qui a donné naissance au Protocole national sur l’emballage (PNE), je peux témoigner des frustrations liées au fait de devoir composer avec de nombreux problèmes sur plusieurs fronts interreliés en même temps. Mais, en plus d’avoir atteint son objectif de réacheminement des déchets (à l’avance), le PNE a aussi réuni un grand nombre de personnes différentes (trois ordres de gouvernement, divers intervenants de l’industrie et des groupes environnementaux) qui ont bien travaillé et qui ont accompli beaucoup de choses. Je suis toujours ami avec certaines d’entre elles!

Sérieusement, étant donné que les groupes environnementaux et certains chefs d’entreprise réclament maintenant des solutions nationales et des cibles nationales pour les plastiques ainsi que des protocoles nationaux et des définitions nationales, et que tout ce qui pourrait se produire avec un plan sur les matières plastiques aurait une incidence sur d’autres matières (par exemple, les définitions de recyclage), a-t-on l’intention de créer un groupe de travail national sur les déchets canadiens en général?

Je ne fais que lancer l’idée. Il me semble que nous devons nous concerter et trouver des solutions pratiques aux problèmes que nous avons créés. Les objectifs ambitieux sont une chose et nous ne voulons pas d’un forum de discussion sans fin. Mais il est toujours utile de se parler, de comprendre le point de vue de chacun et de discuter des options possibles.

Combattre l’ignorance des médias (bataille no 5 041)

Oui, nous savons que les emballages sont une calamité et qu’ils devraient être interdits par la loi. Mais il arrive parfois que des paroles en l’air qui colportent des faussetés sur les déchets d’emballage nous restent en travers de la gorge et doivent être corrigées. C’est le cas des propos tenus par Eric Reguly dans un article paru le 14 avril dernier dans le Globe and Mail « Beyond Zuckerberg, it’s time to hold Bezos to account, too ».

Dans son envolée contre le service de livraison à domicile Prime d’Amazon, M. Reguly s’en prend à tort aux humbles boîtes de carton ondulé dans lesquelles sont livrées les marchandises.

Delivery Boxes are not packaging waste

Les boîtes qui font l’objet de l’indignation de M. Reguly ne sont certainement pas « jetées » après usage. En fait, les boîtes de carton ondulé constituent l’épine dorsale de l’un des plus importants commerces de produits au monde, sont un moteur d’exportation pour le Canada et fournissent la matière première de la plupart des nouvelles boîtes fabriquées au Canada. En effet, la plupart des boîtes en carton ondulé fabriquées au Canada contiennent 100 % de matières recyclées et sont faites principalement en recyclant encore et encore ces mêmes vieilles boîtes.

Nous récupérons actuellement environ 85 % des boîtes en carton ondulé utilisées au Canada. Selon Stewardship Ontario, le système des boîtes bleues atteint même un taux de récupération incroyable de 98 % en Ontario. Il s’agit d’un pourcentage assez impressionnant.

Par ailleurs, cette récupération ne se fait pas « surtout aux frais des contribuables », comme le prétend M. Reguly. En Colombie-Britannique et au Québec, c’est l’industrie qui paie 100 % du coût net de la récupération résidentielle domestique. L’Ontario, où l’industrie paie actuellement 50 % de ces coûts, se dirige aussi vers 100 %. En Saskatchewan et au Manitoba, l’industrie paie 75 % et 80 % de coûts de récupération respectivement.

Jetez des paroles en l’air si vous voulez, mais ne jetez pas vos boîtes.

Le problème du plastique favorisera-t-il le retour éventuel de la consigne en Ontario?

Pile of plastic trash

J’adore le poisson. Mais je n’aime pas tellement le plastique. Je me retrouve en bonne compagnie, semble-t-il, avec le premier ministre Justin Trudeau, qui a dit au récent Forum économique mondial que la question du plastique sera le thème central du Sommet des dirigeants du G7, qui aura lieu en juin dans la région de Charlevoix.

L’annonce de M. Trudeau fait suite à celle de Coca-Cola, qui affirme son intention de fabriquer des bouteilles contenant en moyenne 50 % de contenu recyclé d’ici 2030 (dans 12 ans). Il y a aussi Unilever qui demande à l’industrie des biens de consommation de redoubler d’efforts pour s’attaquer aux défis croissants posés par les déchets de plastique en mer et créer une économie circulaire pour les matières plastiques

Ce sont là des paroles positives et percutantes. Mais comment feront-ils pour y arriver? Bien entendu, l’une des options consiste à ne pas utiliser de matières plastiques. C’est ce que le détaillant britannique d’aliments congelés Iceland a décidé de faire en s’engageant à devenir le premier grand détaillant mondial à éliminer d’ici la fin de 2023 les emballages en plastique de tous les produits qui portent sa marque. Mais au-delà de l’élimination, il faut trouver la façon la plus efficace, sans parler de la façon la plus « écologique », de récupérer les matières plastiques. Quelle serait-elle?

Seulement 29 % des emballages de plastique sont actuellement récupérés dans les boîtes bleues du système de collecte sélective multimatières en Ontario. Le meilleur taux de « récupération » d’Intendance Ontario pour les plastiques est celui des bouteilles en PET et en PEHD à un taux de 53 %, suivi des résines mixtes des « autres plastiques » à 32 %; les films en plastique accusent un retard considérable à seulement 12 %. Rien n’a vraiment changé en ce qui concerne les bouteilles au cours des 13 dernières années d’existence du programme des boîtes bleues à responsabilité élargie des producteurs (REP) dont l’intendance est assurée par l’« industrie-payeuse ». Le taux de récupération des bouteilles en plastique s’est amélioré d’un piètre 3 % au cours de cette période.

La solution consisterait-elle à investir des millions de dollars dans la promotion et l’éducation des bonnes gens de l’Ontario pour essayer de les persuader d’augmenter le taux de récupération des matières plastiques dans les boîtes bleues de 29 % à 50 % ou plus? Cela ne fonctionnera pas. D’autant plus que le programme modifié des boîtes bleues qu’Intendance Ontario a transmis pour approbation au nouvel Office de la productivité et de la récupération des ressources ne prévoit aucune pénalité pour défaut de rendement. Le plan indique qu’il y aura beaucoup de discussions au sujet des matières problématiques et peut-être certains efforts de recherche et développement ainsi que des « forums de collaboration », mais qu’il n’y aura pas de pénalités réelles en cas d’échec.

Alors, qu’en est-il de la consigne? L’Ontario est l’une des rares provinces canadiennes à ne pas avoir de système complet de consigne en plus de la collecte sélective. Traditionnellement, les gens de Coca-Cola et de Pepsi se sont opposés aux systèmes de consigne parce qu’ils ciblent les boissons et les détaillants s’y opposent parce qu’ils ne veulent pas devenir des dépôts où les bouteilles sont retournées aux détaillants.

Mais les choses sont peut-être en train de changer. Coca-Cola a dit récemment qu’elle envisagerait des systèmes de consigne « bien gérés ». De quoi parle-t-on exactement? Veut-on dire à l’échelle mondiale? Cela aurait-il du sens dans le contexte ontarien? Bien que ces grandes questions restent sans réponse, Coca-Cola dit bel et bien qu’elle veut atteindre une moyenne de 50 % de contenu recyclé d’ici 12 ans. Pour ce faire, il faut du plastique recyclé comme matière première, et il en faut beaucoup. C’est exactement ce que les systèmes de consigne permettraient d’obtenir.

La récupération des bouteilles de plastique et des canettes en aluminium par l’intermédiaire des nombreux programmes provinciaux de consigne du Canada est tout à fait respectable. Par exemple, Encorp Pacific, en Colombie-Britannique, signale un taux de récupération de 74 % pour le plastique et de 82 % pour les canettes en aluminium. Dans les boîtes bleues de l’Ontario où l’on recueille différentes matières, par comparaison, le taux de récupération est de 53 % pour les bouteilles en PET et en PEHD et d’à peine 42 % pour les boîtes d’aliments et les canettes en aluminium. (En fait, si vous retirez des balles ce qui n’est pas en PET (PEHD), le taux de recyclage réel en Ontario est encore plus faible. Il est aussi un peu délicat de faire une comparaison directe avec l’aluminium. Les programmes de consignation visent seulement les canettes de boisson usagées. Les programmes qui ne reposent pas sur la consigne sont plus complets, car ils incluent les boîtes d’aliments pour chats et d’autres contenants en aluminium).

Les industries du plastique, de l’acier, de l’aluminium et du verre évitent peut-être de le dire publiquement par crainte d’offenser certains de leurs principaux clients, mais elles ne s’opposent pas du tout à la consigne. Et la raison en est simple : elle leur permet d’obtenir beaucoup plus de matière (économies d’échelle) et celle-ci est en bien meilleur état (moins contaminée). La quantité et la qualité comptent. Par contre, les programmes de consignation sont reconnus comme étant très coûteux, car le transport de contenants légers de grand volume représente un coût important.

Une question clé, bien sûr, est de savoir quelle incidence un système de consigne aurait sur les principales matières qui restent dans les boîtes bleues. Aujourd’hui, le papier représente 63 % des matières produites, 75 % des matières récupérées et 52 % des revenus des boîtes bleues de l’Ontario. Essentiellement, la boîte bleue est une boîte de papier. La qualité du papier (et les revenus) augmenterait-elle suffisamment pour faire une différence? Peut-être que si l’organisme ou les organismes d’intendance continuaient de taper sur les doigts des ramasseurs pour réduire la contamination, cela pourrait avoir un certain impact.

Toute décision favorable prise par Coca-Cola, Pepsi et les détaillants se résumerait clairement à des considérations économiques et à des coûts évités. Nous estimons que le seul fait d’obtenir un taux de récupération de 50 % pour les bouteilles en plastique dans le cadre du système actuel des boîtes bleues en Ontario coûte environ 185 millions de dollars aux intendants, d’après les coûts et les revenus déclarés.

Si ces bouteilles en plastique était plutôt visées par un système de consigne et qu’on y ajoutait d’autres contenants tout en tenant compte des coûts de contamination évités pour toutes les matières aux étapes de la collecte et du traitement, ainsi que des revenus accrus liés à des produits de meilleure qualité, y compris peut-être le papier, alors un système de consigne combiné aux boîtes bleues pour le papier pourrait peut-être avoir du sens. Mais on aurait quand même besoin des boîtes bleues pour les contenants non consignés. En Colombie-Britannique, par exemple, il est entendu qu’environ 25 % du contenu des boîtes bleues est composé de plastique, de verre, de contenants aseptiques ou à revêtement polymérique et de métal non consignés.

Il y a tellement de variables dans cette discussion et d’objectifs contradictoires… Et beaucoup d’hameçons!

 

Les gestionnaires d’emballages devraient être récompensés lorsqu’ils utilisent du contenu recyclé

Le contenu en matières recyclées est au cœur de l’approche axée sur l’économie circulaire que l’Ontario et d’autres provinces disent vouloir adopter. Elle permet aux matières premières de circuler plus longtemps dans l’économie, réduit la pression pour extraire davantage de matières vierges de la terre et retarde leur élimination éventuelle en tant que déchets. C’est une chose que les gouvernements disent vouloir encourager et pour laquelle les gestionnaires de produits et d’emballages de papier et de carton devraient être récompensés.

L’industrie canadienne des emballages de papier et de carton a dépensé des millions de dollars au fil des ans en investissements dans de l’équipement de nettoyage et de tri afin de pouvoir réutiliser et recycler le papier récupéré. Les usines du sud de l’Ontario ont tracé la voie en Amérique du Nord en recyclant le vieux carton pour boîtes dès les années 1990. Aujourd’hui, quelque 94 % des Canadiens peuvent recycler le carton et la plupart des caisses en carton ondulé et du carton pour boîtes faits en Ontario sont continuellement fabriqués à partir de contenu recyclé à 100 %, ce qui constitue en soi une réussite circulaire.

Le secteur des emballages de papier et de carton ne reçoit aucune reconnaissance pour ces efforts même s’il est en concurrence sur le marché avec des emballages principalement faits de matières vierges. Nous avons suggéré que la province uniformise les règles du jeu en établissant un objectif de 40 % de contenu en matières recyclées en moyenne pour tous les emballages vendus en Ontario d’ici 2020, et de 70 % en moyenne d’ici 10 ans. Cela mettrait l’Ontario sur la voie de l’économie circulaire qu’elle dit vouloir suivre en plus d’établir des règles du jeu plus équitables entre les différentes matières.

Une solution de rechange à une réglementation provinciale serait d’offrir un crédit lié au contenu en matières recyclées dans le cadre de la formule de financement des boîtes bleues. Il ne s’agit pas d’une idée nouvelle; l’organisme de responsabilité des producteurs du Québec, Éco Entreprises Québec, offre déjà un tel crédit. Alors qu’Intendance Ontario évoque l’idée d’un crédit lié au contenu en matières recyclées dans l’ébauche du nouveau plan sur les boîtes bleues sur lequel elle travaille actuellement, son soutien semble plutôt tiède.

C’est parce que certains gestionnaires de l’Ontario s’y sont opposés par le passé. Voici trois objections historiques et nos réponses à ces objections.

  1. L’évaluation du contenu en matières recyclées constitue un fardeau administratif et coûte cher à suivre et à déclarer.

Selon nous, cette objection est très exagérée. En ce qui concerne les produits de papier, nous avons des certificateurs indépendants et des certifications de traçabilité pour déterminer leur origine, qu’ils proviennent de sources vierges ou recyclées, ou d’une combinaison des deux. La certification de traçabilité est une mesure environnementale appuyée par le Forum mondial sur les biens de consommation, dont sont membres la plupart des grandes marques et les principaux détaillants du Canada.

L’obligation pour les fournisseurs de prouver qu’ils ont une certification de traçabilité acceptée à l’échelle internationale semble réduire le fardeau administratif des gestionnaires en plus d’offrir une bonne impulsion de départ à l’économie circulaire. Cela obligerait également d’autres matières à élaborer des programmes de certification de traçabilité, si elles ne l’ont pas déjà fait.

Les gestionnaires pourraient également utiliser des moyennes de l’industrie certifiées de manière indépendante. Le CEEPC suit l’utilisation du contenu recyclé par ses membres depuis plus de 25 ans et il est tout à fait disposé à ouvrir ses livres à un examen confidentiel par un tiers. Une échelle mobile de l’utilisation du contenu recyclé récompenserait beaucoup plus de gestionnaires et serait probablement plus facile à vendre et à administrer. Par ailleurs, le nouvel organisme mis sur pied en Ontario pour favoriser l’économie circulaire (l’Office de la productivité et de la récupération des ressources) ne fera-t-il pas ce suivi de toute façon?

  1. Les fonds servant à accorder des crédits aux gestionnaires qui utilisent du contenu en matières recyclées doivent provenir d’autres gestionnaires (c’est-à-dire qu’il s’agit d’une substitution croisée).

Eh bien oui, c’est le cas. C’est pour ça qu’on le fait, pour encourager d’autres gestionnaires à mieux s’engager dans l’économie circulaire, pour réduire le fardeau environnemental global du panier de biens que constitue la boîte bleue, dans l’intérêt commun. Il s’agit exactement du même principe qui est censé s’appliquer aux matières qui sont recyclées grâce aux boîtes bleues par rapport à celles qui ne le sont pas. Ça revient donc à récompenser le comportement que l’on privilégie.

  1. La réglementation fédérale limite l’usage des matières recyclées dans les emballages qui entrent en contact avec les aliments. Si l’utilisation de matières recyclées devenait une exigence, ce serait injuste pour ces gestionnaires.

Premièrement, la réglementation fédérale sur les emballages aptes au contact alimentaire s’applique à toutes les matières en toute neutralité. Deuxièmement, le contenu en matières recyclées n’est pas exclu. La salubrité des aliments est l’enjeu principal et il incombe au propriétaire de la marque de garantir cette salubrité, que ce soit au moyen d’attestations de non-objection ou d’approbations de la FDA. Ce qui importe, c’est le contact direct ou indirect de la matière avec les aliments et l’élément de risque pour les humains.

Est-il injuste de cibler les gestionnaires « alimentaires »? Non. Ils choisissent de produire des aliments, et la livraison d’aliments salubres en fait partie. Tout comme les fabricants de machines à laver ou de fours à micro-ondes sont « forcés » de livrer leurs appareils des gros emballages ou les parfumeurs d’avoir recours à des emballages distinctifs au design raffiné. Ils ont tous choisi de leur plein gré leur secteur d’activité. C’est le jeu qu’ils ont choisi de jouer. La question de savoir s’ils peuvent utiliser du contenu recyclé ou non dans leurs emballages de livraison fait partie de ce choix.

En somme, le fait de récompenser ceux qui utilisent du contenu recyclé est une bonne façon, équitable et efficace, de mettre en œuvre une économie circulaire et d’uniformiser les règles du jeu entre les intervenants « circulaires » et « non circulaires ». N’est-ce pas ce que nous sommes censés faire?

Le taux de récupération des boîtes bleues diminue en Ontario, mais celui du papier se maintient

Draft Blue Box Recovery Rates 2016

Le taux de récupération domestique des boîtes bleues de l’Ontario a atteint son niveau le plus bas depuis 2005. Ce taux, qui sera confirmé par Intendance Ontario en décembre, aurait atteint 62,4 % en 2016, ce qui représente une baisse de 2 % par rapport à l’année précédente. Cela rendra plutôt intéressante la récente « demande » du ministre de l’Environnement et de l’Action en matière de changement climatique de l’Ontario voulant qu’on atteigne avec les boîtes bleues un taux de récupération de 75 %.

Le papier sous différentes formes constitue à l’heure actuelle autour de 75 % de ce qui est récupéré, comme c’était déjà le cas en 2003. Le papier imprimé (journaux, magazines et catalogues, annuaires téléphoniques et papier d’impression et d’écriture) affiche le taux de récupération le plus élevé (81 %), suivi par les emballages de verre (70 %), de papier et de carton (67 %) et d’acier (63 %).

Les emballages de papier et de carton représentent le seul groupe de matières dont le taux de récupération s’est maintenu ou amélioré dans chaque catégorie (hausse de 9 % dans le cas du carton pour boîtes), et les caisses en carton ondulé restent les championnes toutes catégories avec un taux de récupération incroyable de 98 %.

Le taux de récupération du verre a connu une baisse importante depuis 2015, mais les retardataires des boîtes bleues demeurent les emballages d’aluminium et de plastique avec des taux de récupération respectifs de 38 % et 29 %. La récupération des emballages de plastique a diminué dans presque toutes les catégories et représente maintenant 43 % de ce qui est mis au rebut (par unité de poids). C’est aussi de loin la matière la plus coûteuse à récupérer (le coût net de récupération de la pellicule de plastique, par exemple, s’établit à 2646 $ la tonne).

Voilà, c’étaient les dernières données (provisoires) pour 2016, comparées à celles de 2015 et de 2003.

Estimated Recovery Rates 2016